Une étude de l'Ecologic Institute analyse les possibilités d'introduire un système de prix pour les émissions de méthane du secteur énergétique dans l'UE à partir de 2030. Deux approches principales sont envisagées : l'expansion du système d'échange de quotas d'émission (ETS) et l'introduction d'un système d'émissions négociables. standard (EPS) avec un système de bonus-malus. L'analyse prend en compte le lien avec la nouvelle réglementation européenne sur le méthane et évalue la faisabilité politique, technique et juridique des deux approches, tout en abordant également les questions de surveillance, d'exactitude des mesures et de compatibilité avec les règles de l'OMC. L’étude recommande d’étendre l’ETS comme l’option la plus prometteuse.
La tarification des émissions de méthane dans le secteur énergétique de l’UE présente plusieurs défis qui doivent être soigneusement étudiés.
- Assurer un suivi, un reporting et une vérification (MRV) fiables et précis : Les fuites de méthane, ainsi que la combustion et l’évacuation incomplètes du méthane, ne peuvent pas être quantifiées avec le même niveau de fiabilité et de précision que les émissions de CO2 provenant de la combustion de combustibles fossiles. Les émissions de CO2 se calculent facilement en fonction des combustibles fossiles consommés et de leur teneur en carbone. Au contraire, les fuites de méthane doivent souvent être estimées sur la base de mesures discontinues ou de méthodes de calcul plus ou moins précises. Même si la mise en œuvre du règlement européen sur le méthane et les développements technologiques augmenteront considérablement la précision et la quantité des données disponibles sur les émissions de méthane du secteur de l'énergie, le MRV des émissions de méthane continuera probablement à être moins précis que les normes d'émission de GES actuellement couvertes par le le SEQE-UE. Dans la mesure où un MRV précis est crucial pour l’intégrité du système EU ETS dans son ensemble, il peut s’avérer difficile de maintenir la crédibilité du prix du SEQE et le fonctionnement du marché des quotas d’émission tout en intégrant les émissions de méthane à égalité avec les sources d’émission existantes. Cela peut être considéré comme une menace pour l’intégrité et la fonctionnalité de l’outil.
- Détermination de la limite pour le volume total incertain des émissions : Il existe actuellement une incertitude considérable quant au volume total des émissions de méthane du secteur de l’énergie. Au moins pour certaines sources majeures d'émissions de méthane et pour certains pays, les données des inventaires de gaz à effet de serre des États membres ne sont pas fiables.
- Résoudre des événements stochastiques avec des émissions extrêmement élevées : Des événements individuels avec des émissions exceptionnellement élevées peuvent provoquer d’importantes émissions de méthane. Ces événements sont généralement associés à des accidents, aux conséquences soudaines d'une maintenance insuffisante et à des conditions de processus anormales. Des actes de guerre ou de terrorisme peuvent également en être la cause. Par conséquent, les événements entraînant des émissions extrêmement élevées sont impossibles à prévoir et difficiles à mesurer. Comme indiqué dans des recherches antérieures, de telles fluctuations stochastiques peuvent entraîner des complications dans une limite globale décroissante.
- Couverture internationale et compatibilité avec les règles de l’OMC : Étant donné que l’UE importe la plupart des combustibles fossiles qu’elle consomme, l’atténuation des émissions de méthane provenant des combustibles importés est plus importante que les effets nationaux de la tarification du méthane. Il existe des solutions pour couvrir les importations avec le prix des émissions, soit en élargissant le mécanisme CBAM, soit en incluant les volumes échangés dans le champ du système de bonus et malus au sein de l'EPS. Dans les deux cas, il est toutefois nécessaire de démontrer la faisabilité politique et l’acceptabilité de la part des principaux partenaires commerciaux. Même s’il existe des raisons d’être optimiste quant à la compatibilité du CBAM avec les règles de l’OMC, seule une décision de l’OMC peut apporter une certitude.
- Acceptabilité politique et partage des coûts : L’introduction d’une tarification des émissions de méthane pourrait entraîner une augmentation des prix de l’énergie pour les consommateurs, ce qui pourrait provoquer une réaction négative de l’opinion publique. Dans le même temps, il est nécessaire d’envisager une répartition équitable des coûts entre producteurs et consommateurs.
Outre ces défis, il faut également considérer les aspects administratifs et techniques de la mise en œuvre du système de tarification des émissions de méthane, ainsi que son impact sur la compétitivité des entreprises européennes. Printemps